S’il existe une histoire que tous les enfants connaissent, il s’agit sûrement du Petit Chaperon rouge.
Grand classique, il n’a, à ma connaissance et d’après mes lectures, jamais été censuré. Ou alors s’il l’a été, il a été aussi mille fois édité, réinventé, adapté et traduit partout à travers le monde.
Cependant, à chaque fois que je lis ce conte devant des enfants et/ou des adultes, je me demande si un tel texte, s’il était proposé pour la toute première fois aujourd’hui, trouverait preneur chez un éditeur de livres pour enfants. Souvenez-vous…
« - Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit... »
Et :
« - Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents!
- C’est pour te manger.
Et, en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea. »
Moralité […]
FIN.
(Oui oui… fin! Vous vous demandez peut-être où est le chasseur? Inexistant dans la version de Perrault qui paraît en 1697, il sera introduit par les frères Grimm en 1812.)
Et on ne parlera pas ici du fait que ce conte met en scène une fillette qui désobéit à sa mère et qui, en plus, répond aux questions d’un inconnu. Oh!
C’est donc aux prescripteurs d’aujourd’hui que je m’adresse, bibliothécaires, éducateurs, enseignants, parfois frileux des histoires abordant des thèmes délicats ou perplexes devant des récits à fins ouvertes (et je m’inclus parmi eux). Aucun d’entre nous n’hésiterait à acquérir Le Petit Chaperon rouge. Pourtant, des œuvres originales et de grande qualité passeront à la trappe parce qu’elles présentent des scènes de violence ou à caractère sexuel. Est-ce par souci de protection de l’enfance que l’on choisi volontairement de ne pas sélectionner certains titres plus tendancieux – ou est-ce parce que nous nous sentirions incapables de répondre aux interrogations plus existentielles que ces livres susciteraient? Selon quels critères fait-on nos choix? Il serait à mon avis intéressant de se demander, tous autant que nous sommes, quelles sont les valeurs qui nous guident et à quel point nos jugements moraux influencent nos critères de sélection. La ligne est mince entre le geste de sélectionner et l’acte de censure.